
Dans les coulisses
Chaque matin, une salle vide
Entre le camion qui se gare à sept heures et le noir salle à vingt heures trente, il y a une journée entière que le public ne voit jamais.
Une tournée, ce n'est pas un spectacle qui se déplace. C'est un spectacle qu'on démonte et qu'on rebâtit à l'identique, cinquante fois par saison, dans des salles qui n'ont ni les mêmes dimensions ni le même gril.
L'équipe technique arrive avant le jour. On monte d'abord la structure — des dizaines de mètres de poutres d'aluminium boulonnées au sol, puis levées d'un bloc. Viennent les toiles peintes, les praticables, les machineries. Un plateau de tournée se construit à l'envers de ce que voit le public : par le haut, par les câbles, par ce qui doit tenir.
L'après-midi appartient aux lumières. Chaque projecteur est repointé salle par salle : la conduite lumière est écrite pour la création, mais aucun théâtre ne renvoie la même chose. En parallèle, le corps de ballet prend possession du plateau pour la barre, puis pour un filage partiel — surtout les portés, parce que le sol change et que le sol, pour un danseur, change tout.
L'atelier costumes s'installe où il peut : un couloir, une loge, parfois un coin de hall. Cent quarante costumes voyagent avec la production, et il y a toujours une couture à reprendre le jour même. À vingt-trois heures, tout redescend. Les camions repartent dans la nuit vers la ville suivante, où la même journée recommencera.